Réflexions à partir de la lecture de l'entretien de Michel Foucault avec K. S. Karol paru dans le Nouvel Obs' n° 585 en 1976 « Crimes et châtiments en URSS et ailleurs... » (dans Foucault – Dits et Écrits – Vol. II - Gallimard)
Première partie
Le contexte
Nous sommes en 1976, un reportage Télé fait état de l'existence d'un camp de détention en pleine ville à Riga et suscite l'émoi de l'opinion publique. K. S. Karol interroge Michel Foucault sur ce sujet.
Les thèmes
Au fil de l'entretien Foucault développe trois de ses thèmes les plus récurrents autour de l'univers carcéral :
- l'instauration de la discipline comme nécessité pour le système de production industriel,
- la création du "milieu" comme élément sociologique séparé du peuple,
- la prison comme fait politique.
Par souci de' brièveté nous traitons ici le premier thème : les deux autres suivent.
Le premier thème est le dépassement de la terreur et l'instauration de la discipline dans le contrôle du peuple. Avant la révolution industrielle, si le peuple était un peu trop insoumis, le roi envoyait son armée qui avec massacres, pillages et viols semait la terreur et ramenait l'ordre. Avec l'avènement du mode de production industriel, la terreur devenait contre-productive car trop ponctuelle et trop destructive : il fallait que le peuple soit discipliné au quotidien et d'une façon intériorisée. Pour Foucault sur ce point il n'y a pas de différence entre entre les pays de l'est et le monde occidental, car pour lui ce qui fait la différence entre deux systèmes ce n'est pas tant la propriété publique des moyens de production ni la planification de l'économie mais le mode de production lui même : le mode de production étant le même à l'ouest et à l'est, nous trouvons des deux côtés le même besoin de discipline généralisée et intériorisée.
La prison est le symbole de cette discipline poussée à l'extrême : ceux qui n'acceptent pas la discipline du système industriel, sont enfermés dans un lieu où la discipline est encore plus dure, plus totale et arbitraire : cet aspect arbitraire ajoute au symbole un aspect de pouvoir absolu. La prison devient ainsi la dernière rémanence de l'absolutisme de l'ancien régime.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire